Chronique des années de guerre mars mai 1917

Après un hiver polaire, c’est un printemps pluvieux qui n’en finit pas.

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Jusqu’à la tempête dévastatrice du 14 mai avec ses vents violents, ses éclairs incessants ; une chute de grêle détruit vitres, vérandas et ardoises des toits, abat des dizaines de cheminées. Des grêlons gros comme des oeufs, disent les passants… Les dégâts ajoutent aux difficultés des citadins, déjà immenses.Après un hiver polaire, c’est un printemps pluvieux qui n’en finit pas, jusqu’à la tempête dévastatrice du 14 mai avec ses vents violents, ses éclairs incessants ; une chute de grêle détruit vitres, vérandas et ardoises des toits, abat des dizaines de cheminées. Des grêlons gros comme des oeufs, disent les passants… Les dégâts ajoutent aux difficultés des citadins, déjà immenses.

le temps du rationnement

La question alimentaire est de plus en plus âpre. Il faut établir un rationnement des denrées disponibles afin de ne pas priver les soldats qui se battent depuis près de trois ans. La viande de boeuf leur est réservée. A Versailles, les boucheries de « viande frigorifiée » sont fermées. De toute manière, à partir du 15 mai, la vente de viande de boucherie est interdite le mardi et le vendredi sur tout le territoire ; les restaurateurs, soumis à la même règle, se plaignent des « jours sans viande ».
A partir du 15 avril, les pâtisseries fraîches sont interdites, ainsi que les pains de luxe et de fantaisie ; les mélanges de farine et d’orge, de sarrasin ou de seigle sont autorisés. On parle de « pain national ».Le prix du pain est fixé par la préfecture dans chaque département. Fin mars, sur le marché de Versailles, les marchands de beurre réservent leur marchandise- rare- à des clients privilégiés ; la municipalité doit intervenir.
Le sucre est rationné à 750 grammes par personne et par mois, ce qui, selon le Ministre du Ravitaillement, permet une grande économie. Les cartes sont à retirer en mairie.
Sur présentation d’un certificat médical, les enfants de moins de 3 ans et les malades peuvent recevoir 250 grammes supplémentaires. De même pour les familles de prisonniers et les permissionnaires.
Curieusement, la chasse est interdite depuis le début de la guerre. Une gêne considérable pour la population affamée et une nuisance terrible : le gibier en pullulant détruit les récoltes. Néanmoins, quelques opérations exceptionnelles sont favorisées :à la mi-mars, le Préfet de Seine- et- Oise recommande à tous les propriétaires d’étangs, canaux ou rivières, de veiller à détruire tous oiseaux et gibiers migrateurs en route vers la mer du Nord et la Baltique…

La mobilisation horticole

Pour pallier la probable disette de froment, le Ministre du Ravitaillement encourage le pays à développer au maximum la culture des pommes de terre. Jardins, pelouses, champs en friches, parcs des châteaux, bords des routes et des rails, tout se recouvre peu à peu de pousses prometteuses.
Le versaillais Georges Truffaut, désolé de constater la pauvreté de l’alimentation de ses compatriotes en légumes, a convaincu le Ministre du Commerce Clémentel de réorganiser l’horticulture et de créer des potagers militaires, comme les Anglais le font chez eux et dans le nord de la France. Il met au point des semences rue Bazin, sur un terrain prêté par la ville de Versailles.
La jeunesse est embauchée. Le Ministre de l’Instruction publique a octroyé aux lycéens de plus longues vacances de Pâques pour leur permettre de prêter leurs bras à l’agriculture. Les jeunes demandent des terrains par voie de presse ! Que les propriétaires, à Versailles et en périphérie, se fassent connaître ! Les élèves du Lycée Hoche acceptent très volontiers d’aider les jardinières maraîchères privées de leurs maris ou fils mobilisés. Pommes de terre, haricots, choux, doivent pousser partout !
Sur le lotissement de Glatigny, un hectare est loué à l’école Saint jean de Béthune qui doit y envoyer des élèves. L’ « Action sociale de Seine et Oise » va fournir les diverses semences ; la récolte ira à la Ville.

Les Américains arrivent !

Dans toute la France, la presse se fait l’écho des nouvelles d’outre-Atlantique que la population suit avec anxiété. Le président Wilson est excédé : des bâtiments de la marine américaine, qui transportaient des armes ou des personnes, sont coulés par des sous-marins allemands. Le Congrès américain vote enfin l’entrée en guerre contre l’Allemagne le 6 avril.
Depuis des mois, déjà, des pilotes américains volontaires sont au front et ont abattu des dizaines d’appareils ennemis ; ils sont entrés dans la « Légion étrangère »et grâce au comité franco-américain d’aviation, ils ont formé l’ « escadrilleLafayette », en souvenir de l’aide apportée par les Français lors de la guerre d’Indépendance 140 ans plus tôt. Dans les premiers jours d’avril, aux U.S.A., 2000 à 3000 volontaires se présentent pour contracter un engagement dans les escadrilles qui serviront en France. L’escadrille « Lafayette » est alors autorisée à porter les couleurs des Etats-Unis…
L’aide américaine arrive peu à peu. Le 26 avril, 40 voitures d’ambulances sont garées avenue de Paris, offertes par le Comité Central de Secours américain. Les versaillais reprennent espoir.
Marie-Louise Mercier-Jouve

Sources : Presse de Seine-et-Oise, archives départementales des Yvelines ; Gabriel Perreux, La vie quotidienne des civils en France pendant la Grande Guerre, Hachette, 1966

 

 

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