Chronique des années de guerre Juin-octobre 1917

Quatrième été de guerre. La vie quotidienne se poursuit de manière étriquée ; tout ou presque est rationné et les prix augmentent.

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La carte de sucre est délivrée en septembre pour 51 865 habitants dont des réfugiés. Pour supprimer des intermédiaires trop gourmands, le versaillais M. Prat, député de Seine et Oise, annonce dans la salle de l’Alhambra la fondation d’une coopérative, l’ « Abeille du Ravitaillement civil », favorable aux consommateurs. Les difficultés n’empêchent pas la publicité d’offrir dans la presse locale ou nationale ses promesses vestimentaires ou pharmaceutiques.Quatrième été de guerre. La vie quotidienne se poursuit de manière étriquée ; tout ou presque est rationné et les prix augmentent. La carte de sucre est délivrée en septembre pour 51 865 habitants dont des réfugiés. Pour supprimer des intermédiaires trop gourmands, le versaillais M. Prat, député de Seine et Oise, annonce dans la salle de l’Alhambra la fondation d’une coopérative, l’ « Abeille du Ravitaillement civil », favorable aux consommateurs. Les difficultés n’empêchent pas la publicité d’offrir dans la presse locale ou nationale ses promesses vestimentaires ou pharmaceutiques.
La chasse aux bonnes allemandes se poursuit. Une suissesse allemande est dénoncée en août, avec le « mauvais patriote » qui l’employait. On surveille les points de lumière apparaissant la nuit aux vitres des chambres de bonne : intelligence avec l’ennemi ? Les vols de vélos sont en augmentation, ainsi que les cambriolages. Les cyclistes roulent souvent sur les trottoirs et la population se plaint d’être en danger. Dans la rue du Vieux Versailles, la prostitution augmente. Que fait la police ? Elle manque d’effectifs ; mais les maigres salaires n’attirent pas de candidats.

Fêtes solidaires

Le 4 juillet est célébrée la fête nationale des Etats-Unis ; le 22 juillet, c’est le tour de la Belgique. Les drapeaux alliés flottent sur la Mairie.Fêtes et quêtes de toutes sortes se multiplient au cours de l’été au profit des dizaines d’ « Œuvres » de Bienfaisance. La « Journée Patriotique » du 22 juillet au profit du « Foyer du Soldat belge » et de « l’Oeuvre du Soldat blessé ou malade »offre un grand choix de réjouissances, comme le relate l’Echo de Seine et Oise :dans le parc du Château, un défilé de scouts français et belges est suivi le matin par un concert donné par le 1er régiment de Grenadiers belges et quelques invalides de Guerre ; l’après-midi, c’est une fête sportive, puis un grand gala artistique à la Colonnade suivi des Grandes Eaux. Même programme le 22 août. Ces événements rassemblent plus de 5000 personnes, dont beaucoup de parisiens. Le 30 septembre, à la « Goutte de lait », grande tombola au profit des « Orphelins de la guerre ».Cinémas et théâtres ne désemplissent pas, toujours au profit des « œuvres ».L’entrée est gratuite pour les soldats hospitalisés. Rue de la Paroisse, la maison d’encadrements Imbert expose des dessins pris sur le front par l’artiste versaillais Clovis Didier, qui participe à la Mission des artistes aux Armées.

La guerre se poursuit depuis trois ans

Versailles n’oublie pas les siens. L’artiste M.Prodhomme dirige le service des renseignements pour les familles de mobilisés qui le consultent fréquemment. Début septembre, lors de l‘anniversaire de la bataille de la Marne, fleurs, drapeaux sont déposés sur les tombes au cimetière des Gonards. Sur la place d’Armes se déroulent des remises de décorations. La guerre ne devait durer que trois semaines, elle entre dans sa troisième année. Les combats meurtriers se poursuivent, dans l’Aisne, sur la Somme, en Flandre, dans la Meuse. Sur le « Chemin des Dames » l’hécatombe est sans fin. La presse de Seine et Oise tient régulièrement le compte des décès de soldats appartenant à la ville et survenant de partout. Des aviateurs versaillais sont victimes d’accidents sur les aérodromes de Buc ou Villacoublay ; le 6 août, c’est le capitaine Pierre Auger qui appartenait à l’escadrille prestigieuse des « Cigognes » ; le 22 août Georges Salze meurt dans la chute de son avion à Buc. L’abbé Edouard Cortellemont, premier vicaire de la cathédrale, aumônier militaire engagé comme brancardier, meurt d’un accident dans une tranchée. En Orient, disparaissent des personnes connues : Gabriel Adain, médecin- major envoyé à la Mission française en Roumanie, y décède du typhus ;M.Roberval, professeur de violon au Conservatoire, est rapatrié, lui aussi victime du typhus.

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Dans les hôpitaux

Dans les « hôpitaux auxiliaires », tenus par la Croix Rouge, sont transférés les blessés et malades ayant reçu les premiers soins. C’est à l’hôpital militaire Dominique Larrey que sont soignés les soldats les plus atteints, grâce à une équipe médicale compétente et à une pluralité des spécialités. Malgré tout, une dizaine d’hommes y décède chaque mois. De très bons médecins sont récompensés : le Dr Delacour, médecin aide-major à l’hôpital militaire, reçoit le 15 août la médaille d’argent des épidémies.
Désormais les progrès de la chirurgie et de l’aseptie permettent d’éviter les amputations. Mais ceux qui l’ont subie au début de la guerre ont besoin d’une rééducation pour reprendre leur ancien métier ou s’adonner à un nouveau. Héliothérapie, kinésithérapie sont pratiquées. A Versailles, la méthode de mécanothérapie du Dr Cololian fait des merveilles. Le confort des prothèses s’accroît ; les premières étaient trop douloureuses. Selon le handicap, les blessés sont orientés vers des centres spécialisés. A Grignon, des amputés d’un membre supérieur apprennent les travaux agricoles. Le centre de Neuilly- sur-Marne reçoit des aveugles et les entraîne aux métiers artisanaux. Mais l’Etat n’est pas généreux.

Un climat angoissant

L’hiver approche. Les jeunes sont invités à ramasser les marrons et les châtaignes pour l’industrie. Le charbon est rationné : la carte apparait le 8 octobre qui permet aux habitants n’ayant pas le gaz de se chauffer ; mais les quantités disponibles sont faibles.
Sur le plan international, la population se tient au courant. Les Américains continuent d’arriver par les ports de l’Atlantique. Les parisiens et quelques versaillais en ont rencontré. On ressent de l’espoir et de la reconnaissance. Du côté de l’Est, en revanche, les événements de Russie sont confus et inquiétants. Des grèves ont éclaté en France, chez les hommes et les femmes, qui se sentent exploités.

Marie-Louise Mercier-Jouve

Source : presse de Seine et Oise (Bibliothèque Municipale)

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