Versailles il y a 100 ans : Chronique des années de guerre. Octobre-décembre 1916

par Marie-Louise Mercier-Jouve

Début octobre, écoliers, lycéens se dirigent mollement vers leurs établissements, quelques marrons dans la poche. Des grands sont allés aider aux moissons dans des fermes de Seine-et-Oise. Ils ont aussi vendangé quelques vignes. Les jeux d’enfants ont changé. Sur les trottoirs, les filles jouent à la marelle, mais c’est la marelle des Alliés. Les cases s’appellent Angleterre, Russie, Roumanie…Les jeunes garçons prennent en embuscade des camarades en tenant à la main des tuyaux de poêle en guise de fûts de canons.

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Des femmes enseignent aux garçons !

Avec cette troisième rentrée scolaire de guerre survient une nouveauté : six cents femmes vont enseigner désormais dans les lycées de garçons ; ces « professeurs en jupons », comme les qualifie la presse, n’enseignent que les sciences, les langues vivantes, ou l’histoire ; diplômées de l’enseignement féminin, « elles n’ont pas suffisamment de connaissances en humanités classiques pour enseigner les Lettres ». Côté autorité, certaines s’en sortent assez bien…Au lycée Hoche, Mme Huchon du lycée de jeunes filles vient enseigner l’Anglais.

Le 12 octobre, au Grand théâtre (aujourd’hui Montansier), c’est la réouverture de la saison théâtrale ; de grandes voix de l’Opéra se sont déplacées pour interpréter Werther de Massenet.

Sur les berges du Canal, on vole les oeufs de cygnes

En cet automne froid et pluvieux, la vie est de plus en plus difficile. Les œufs, qui n’arrivent plus de Russie, manquent cruellement. Des marchands indélicats les stockent dans de la chaux pour attendre la hausse des prix …quand les œufs seront pourris. Les gardiens du Parc du Château signalent maintes fois que les œufs des cygnes du Grand Canal sont régulièrement volés.

Question ravitaillement, les municipalités viennent en aide à la population. La ville de Versailles a acheté 20 tonnes de pommes de terre et les revend au détail (0,20 f le kg) le mardi et le vendredi. Elle s’est également procuré pour 12000 francs de haricots verts. La distribution de soupes populaires aux plus démunis va reprendre. Deux épiciers versaillais sont dénoncés pour fraude sur les prix ; un troisième abuse des tarifs qu’il pratique sur les feuilles de menthe.

Il n’est pas certain que la quantité de charbon disponible, encore en diminution, sera suffisante pour l’éclairage au gaz; alors la ville innove et fait en décembre une installation électrique de fortune : elle dispose 30 lampes aux principaux carrefours.

Un futur président de la République à Versailles

Causeries, conférences et exposés se multiplient dans le pays. Le 22 octobre, à 16h 30, dans la Galerie des Batailles, Alexandre Millerand, fait une conférence intitulée « La guerre libératrice » au profit du Comité franco-belge ; à son avis, la guerre sera encore longue, mais il ne fait aucun doute que nous gagnerons cette « guerre du Droit ». L’auditoire est enthousiaste.

Le député Louis Barthou lui succède, sermonnant au passage la gent féminine, qu’il ne trouve pas suffisamment attristée :
« Il est certaines coquetteries féminines, il est un peu partout des habitudes qui sont bonnes en temps de paix mais qui ne peuvent être tolérables en temps de guerre ».

Le fort de Douaumont est repris !

Le 24 octobre, Victoire symbolique, mais qui fait renaître l’espoir dans les familles : Le fort de Douaumont est repris. Cependant, on se bat toujours à Verdun et, depuis juillet, sur la Somme, aux côtés des Britanniques.

Plus loin, sur le front d’Orient, nos soldats combattent aux côtés des Serbes. Après le désastre des Dardanelles, et les souffrances à Salonique, ils affrontent les Bulgares aidés des Allemands autour de la ville macédonienne de Monastir. Si les franco-Serbes prennent cette ville le 19 novembre, l’armée roumaine en revanche, entrée aux côtés des Alliés, est écrasée par les Allemands le 6 décembre.

L’ennemi, ce sont alors également le froid des montagnes, le typhus et le paludisme des plaines, la dysenterie ; à tel point qu’est envoyée en Roumanie une Mission sanitaire française à laquelle participent des versaillais, le lieutenant Stéphan Clémentel, fils du ministre du Commerce et le Dr Adain.

Certains jours, les habitants voient défiler des prisonniers allemands descendus à la Gare des Matelots, en route pour la gare des Chantiers, et les camps de Bretagne.

 

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