La tête dans les étoiles

par Jean de Sigy

Versailles + a déniché dans la ville du Roi Soleil un groupe de lycéens passionné par l’astre du jour. Parrainés par l’Observatoire de Paris-Meudon, en marge de leurs études, ils se réunissent deux fois par mois pour des ateliers. Leurs travaux sont suivis par leurs aînés, au point qu’un directeur de l’Agence spatiale européenne viendra fin mars s’adresser à eux.

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Ils sont élèves en Terminale (TS ou STMG), une quinzaine, animés par David Brouail, bénévole qui partage sa passion de l’astrophysique. La pièce exiguë qu’ils utilisent au lycée Notre Dame du Grandchamp est décorée par un unique poster multicolore :
la décomposition de la lumière blanche, striée de petites bandes sombres. La curiosité du visiteur sera vite aiguisée par toute l’information que le groupe parvient à tirer de cette simple image, générée grâce à un appareil de mesure prêté par le laboratoire de Meudon : composition de l’étoile observée, distance, intensité du champ magnétique mais aussi vitesse et sens de translation.
Avec la passion comme carburant, le débat s’élève très vite et parvient rapidement à la physique des particules (comment le soleil fabrique-t-il de
l’helium ?), l’électronique (que fait un électron lorsqu’il change de couche atomique ?), la chimie (quelle molécule a pour symbole « CH » ?), l’histoire de l’univers (la Terre est-elle issue du soleil ?)… L’échange devient stratosphérique lorsque l’on aborde Max Planck et les mathématiques. Car ces élèves du secondaire, en calculant la vitesse des étoiles, savent déterminer celle de l’expansion de l’Univers. Ils évoquent l’existence de plusieurs mondes parallèles, mathématiquement démontrable (mais non prouvée). Ils se posent des questions étonnantes : « pourquoi a-t-on inventé la matière noire ? »

Pourtant, les participants ne sont pas perchés loin dans la galaxie. Les ateliers sont très concrets : le 16 décembre, dialogue avec Frédérique Daigne, astrophysicien à l’Institut d’Astrophysique de Paris ; début mars, rencontre de Philippe Harnejos, rédacteur en chef d’une revue scientifique, pour savoir comment rédiger un article de journal. Le 17 mars, Yves Doat, Responsable de l’Infrastructure des installations au sol à l’Agence Spatiale Européenne, se déplacera depuis Darmstadt pour témoigner sur son métier au sein de l’Agence. Celle-ci parvient à rivaliser avec la NASA : dotés de moins de moyens, plus efficients, très motivés, unis, les chercheurs européens ont le meilleur taux de réussite du monde. Les arcanes de la mission spatiale Rosetta seront évoquées.

Un faiseur de rêves

Ces adultes viennent témoigner afin d’aplanir les peurs qui entourent les études scientifiques : ils souhaitent les remplacer par la curiosité. Ainsi, le Directeur de la partie Education / Formation de l’observatoire de Meudon, Guillaume Aulanier, accompagne les écoles dans le développement d’approches scientifiques, en lien avec le programme scolaire. Il ouvre l’établissement à des visites, favorise les interactions entre établissements, convie régulièrement les jeunes à des rencontres où ils exposent leurs travaux, comme le font les scientifiques professionnels.

soleilL’engagement est au rendez-vous : courant mars, le groupe d’élèves de Grandchamp se lèvera à 5 h du matin pour observer les satellites de Jupiter. La sortie aura été préparée par eux, au moyen d’un logiciel spécialisé. Si le but est d’attirer les jeunes vers la science, il est atteint. Un élève de STMG témoigne :
« ce qui était incompréhensible et barbare devient accessible ». Un autre :
« l’animateur est un faiseur de rêves ».

Un spectre large

Si c’est un « atelier-plaisir », est-ce utile ? Les recherches spatiales ont des applications bien réelles, dans le monde médical (l’IRM), le domaine de la santé (vaccins, médicaments), de la fabrication des matériaux… On l’a vu, les sujets des ateliers confinent aux mathématiques, aux sciences de la vie, à plusieurs branches de la physique et de la chimie.

C’est l’enjeu des activités interdisciplinaires : donner aux étudiants les atouts essentiels pour le monde de demain que sont l’ouverture d’esprit, l’adaptabilité, l’application transversale des savoirs. Car une grande partie des produits et objets du monde dans lequel ils vivront ne sont pas encore inventés !

Malgré l’approche scientifique du groupe, il ne fait pas « table rase » du reste. Ainsi, l’un des ateliers sera consacré à la relation entre foi et science. L’an dernier, sur ce thème, le père Amaury du Fayet de la Tour, vicaire à la cathédrale Saint-Louis, référent du lycée Notre Dame du Grandchamp et du collège Pierre de Nolhac, est intervenu pour montrer que sur certains sujets aucune certitude absolue ne peut être établie, que ce soit par le raisonnement ou par d’autres approches. La conclusion est alors fidèle à la pensée philosophique de Descartes : douter prouve au moins que nous existons.

Et c’est là l’un des constats issu de plusieurs années d’expérience des animateurs : par l’observation de l’environnement de notre planète, chacun prend conscience d’être membre d’un tout. « Voilà où j’habite, cela s’appelle la Terre, j’y suis bien et j’en prends soin ». Un constat que les jeunes peuvent alors avoir envie de transposer à la ville, au lycée, à la famille.

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