Autrefois, la vaccination à l’école : Un souvenir versaillais

 

La vaccination remonte à deux cents ans. Mais elle a mis du temps à être acceptée par les Français.

La vaccination des enfants 

Première expérience, celle de Jenner qui en 1796 inocule à un enfant le pus provenant du bras d’une fermière infectée par le pis d’une vache malade, la « vaccine ».
Cette expérience a de bons résultats. Mais pendant le XIXe siècle, en France aucune obligation ou séance de vaccination, contrairement à quelques pays d’Europe, la Suède, le Danemark ou la Prusse. La guerre de 1870 sera un désastre sanitaire au vu du nombre de morts de la variole, très supérieur à celui de la Prusse.
Ce n’est qu’en 1902 que la France rend ce vaccin obligatoire pour les enfants, à un an avec un rappel à 6 ans et 21 ans. Selon les médecins de ce temps, pour éviter l’épidémie, il faut vacciner en masse. Mais la population, essentiellement rurale, est mal informée et dans l’ensemble elle n’est pas favorable ; les rappels ne sont pas faits.
Alors la vaccination vient à l’école, accompagnée d’une vache.

Un souvenir du Dr Veslot
Le Dr VESLOT, bien connu des anciens versaillais, raconte dans son livre « C’est pourtant vrai » (1987) ce qu’il a « subi » au lycée Hoche avant la guerre de 14-18, « la revaccination jennerienne ».
« Nous la subissions en général en classe de 6eme après une préparation, j’allais dire une retraite, dirigée par le professeur d’histoire naturelle, fervent admirateur des progrès de la Science. La séance se passait au parloir sous les regards tutélaires des anciennes gloires du Lycée (portraits des lauréats du Concours Général) dont les photographies pâlissaient au long des murs.»

Une génisse au lycée
« Nous arrivions en classe, en grand arroi, conduits par des surveillants pour une fois débonnaires, mais chacun se taisait soudain devant la majesté du spectacle : une génisse ruminait paisiblement au centre du parquet ciré sur une épaisse litière de paille blonde. On comprend tout de suite qu’il ne s’agissait pas d’une génisse ordinaire. Elle était coquettement bichonnée et faisait sa gracieuse entre le Proviseur et le Censeur, tous deux en jaquettes et tenant à la main leurs inévitables chapeaux haut de forme. Deux savants en blouse blanche s’activaient autour d’elle, prélevant la pulpe vaccinale sur ses flancs pustuleux. Un troisième, assis devant une petite table, se tenait prêt à l’action, vaccinostyle en main. Les pions et le surveillant général nous disposaient alors en rang d’oignons, nous faisaient retirer la veste et défiler l’un après l’autre devant la sœur-infirmière qui nous frottait le bras à l’éther et jetait discrètement dans une corbeille le petit coton hélas un peu noirci ».
Le prestige de la Science
« Très vite nous nous trouvions répartis en deux longues files, l’une silencieuse et terrifiée qui montait au sacrifice, et l’autre descendante, goguenarde et rassurée où chacun regardait sécher ses trois minuscules égratignures au milieu d’une petite plage de peau blanche anormalement propre. Le prestige de la Science me parut très grand, ce jour-là ; juguler un fléau social me semblait déjà fabuleux, mais que penser de ces hommes en blanc capables d’introduire une vachette sur le parquet ciré d’une pièce d’apparat, sous l’oeil déférent de deux administrateurs en gibus ! Il n’en faut pas davantage pour déterminer une vocation ».

P.S. : Les enfants seront vaccinés à l’école jusque dans les années 1950.


Marie-Louise Mercier-Jouve

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