L’Espadon, un petit poisson devenu grand

Par Michel Garibal

C’est une des figures emblématiques du marché Notre-Dame. A l’indice de popularité, il figure au top si l’on en juge par la longueur de la file d’attente devant son comptoir le week-end.

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Il a même été cité comme référence dans un numéro récent du Figaro et certains clients viennent de Paris acheter leur poisson avant d’effectuer en fin de semaine un jogging dans les espaces verts de la cité royale.

D’où vient ce succès ? A la base, on trouve une entreprise basée sur une famille très soudée, où les enfants travaillent en harmonie autour du couple fondateur, Fernand et Brigitte Mateus, ancrés à une vertu, le travail, exercé dans la joie de la réussite. Rien n’était pourtant joué d’avance. Fernand avait en poche au départ dans la vie un CAP de menuisier, mais il s’intéressait déjà au poisson, et devient commis poissonnier, à la Celle Saint Cloud et à Meudon, avant d’atterrir à Versailles, où une opportunité se présentait, celle du rachat de l’Espadon, société en difficulté, qui cherchait un repreneur. Fernand crée son entreprise dans un contexte délicat : le naufrage d’un pétrolier qui avait souillé les côtes pesait sur la production et les prix des poissons, tandis que la tempête de fin décembre achevait d’assombrir le climat du millénaire commençant. Mais peu à peu la situation s’est éclaircie. La recette de Fernand a fini par porter ses fruits. « D’abord se mettre à la place du consommateur et ne pas donner la priorité à la fonction de vendeur. C’est-à-dire offrir ce qu’on peut trouver de mieux qui satisfasse aussi la bourse des clients. Cela suppose d’être le plus près possible des fournisseurs et de tenir compte des aléas. Car on ne sait pas à l’avance quels produits seront disponibles. Tout dépend de la marée, des prises des pêcheurs ». Fernand s’est ainsi infligé une discipline de fer. Il part à une heure du matin toutes les nuits à Rungis avec son fils Stéphane. Tous deux font leurs emplettes en fonction des approvisionnements et cela leur permet d’acheter dans les meilleures conditions et de pouvoir aussi réaliser des promotions dont les Versaillais sont friands.

« Il faut aussi viser juste. Car la denrée a une vie courte. L’idéal, c’est de commencer à manquer de marchandise vers midi, c’est le signe que l’on a visé juste et il n’y aura pas de pertes ».
Car la poissonnerie ne supporte pas la médiocrité. C’est une activité où il n’y a pas de stocks. Mais la stratégie Mateus a eu un effet positif sur une clientèle qui prétend qu’elle a fait baisser les prix de vente des fruits de mer sur les commerces environnants. L’Espadon a ainsi pris du poids progressivement au fil des ans grâce à la ténacité de ses acteurs. Fernand a pu ainsi recruter de nouveaux collaborateurs. Tous des jeunes de moins de trente ans, qui acceptent la règle et manifestent le même dynamisme. Ils ne se contentent pas de livrer les poissons bruts, mais les préparent en s’adaptant aux demandes des clients dont certains manifestent leur satisfaction par une petite pièce. Et l’on entend alors un sonore
« Tirelire les garçons » proféré par Fernand, suivi de bruyants remerciements traduisant l’esprit d’équipe de cette jeunesse active toujours souriante. Alors que son fils Stéphane prend peu à peu les rênes de la maison mère, les deux filles ont créé juste à côte leur propre boutique, l’Ecrevisse, davantage orientée vers l’activité traiteur, avec une réussite comparable à celle de leurs parents, qui restent très proches d’elles. Pour l’avenir, le couple Mateus demeure optimiste, tant les atouts de Versailles lui confèrent une supériorité sur d’autres communes au fil du temps. « C’est une ville où l’on ne manque de rien » souligne Brigitte : écoles, loisirs, bus. Un seul point noir :
les emplacements de stationnement qui se réduisent régulièrement et constituent une gêne pour le commerce. « Il faut absolument arrêter ce mouvement » affirme Fernand. « Une bonne mesure consisterait à rétablir la gratuité pendant une demi heure par exemple, le temps de faire ses courses, comme cela a existé à une certaine époque ». Dans l’immédiat, pour continuer d’entretenir une bonne relation avec sa clientèle, l’Espadon n’hésite pas à jouer les mécènes, en apportant sa contribution à certaines fêtes dans les écoles ou à des manifestations de quartier, ou encore en encourageant certains chanteurs, selon une formule dont Fernand a fait sa devise : « pour recevoir, il faut savoir donner ».

 

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